Dégustation

Vignerons de l'année: La Côte chalonnaise au top !
Bourgogne aujourd'hui

En tête de liste des vignerons incarnant le renouveau de la Côte Chalonnaise, Bruno Lorenzon et Vincent Dureuil-Janthial sont exemplaires. Rien n'était pourtant écrit d'avance pour eux. Leurs vins figurent aujourd'hui parmi ce que la Bourgogne sait faire de mieux. L'année écoulée nous l'a largement montré et confirmé.

Qui mieux qu'eux incarnent cette Bourgogne nouvelle ? Celle qui a émergé depuis une vigntaine d'années. A la fois accessible, telentueuse et terriblement exigente. Une Bourgogne qui sort des sentiers battus mais qui ne fait pas de complexes pour autant. Car Vincent Dureuil-Janthial et Bruno Lorenzon ne doivent rien à personne. Ou si peu. A leurs débuts, ils étaient des vignerons anonymes. Jeunes et débutants dans un vignoble, la Côte Chalonnaise, parfois pris d'un peu haut. Pas d'ascendance prestigieuse, pas d'appellation ronflante à poser sur leurs bouteilles. Il leur a fallu poser des jalons un à un à la force de quelques convictions solidement enracinées. Leurs réalisations ont fière allure. La question, tout entière, est là: comment un jour se sont-ils dits: "Allons-y ! Pourquoi pas moi ?". L'idée a cheminé de manière différente chez chacun. 

"Pour moi, la démarche est passée avant tout par la viticulture, embraye Vincent Dureuil. J'aime travailler la terre. A la sortie de l'école, en 1994, mon père m'a laissé trois hectares et m'a dit: débrouille toi ! Je n'avais pas de clients, rien. C'était une bonne chose. Je voyais les vignes du Domaine Leflaive (Puligny-Montrachet), buttées, débuttées". Au début, je n'avais pas les moyens de le faire. Il faut du matériel. Pourtant, le jeune vigneron trouve rapidement ses marques. "On a arreté les herbicides. C'est vraiment ce qui a changé la définition de mes vins. C'est le b.a.-ba pour retrouver les différences de terroirs. Cette abscence de travail de la vigne donne des vins mous, sans fond, que l'on a souvent dégusté à une époque". 

C'est aussi un drame qui va le décider à se tourner définitivement vers la viticulture bio certifiée. Un de ses meilleurs amis viticulteur, trentenaire également, décédé des suites d'un cancer en 2004. "Cela m'a vraiment fait un choc" s'émeut Vincent Dureuil-Janthial.

Vincent Dureuil comme Bruno Lorenzon, aucun des deux n'appose le label bio sur ses étiquettes. Pas plus, ils ne souhaitent en faire un argument marketing. D'ailleurs, s'il faut sauver une récolte, ils affirment en choeur qu'ils n'hésiteront pas à sortir de ce cadre s'il le faut. Ils assument leur appartenance au monde contemporain. Pour eux, le bio est aussi un moyen d'obtenir des raisins, et donc des vins, d'une qualité supérieure. Même si c'est au prix d'une sacrée prise de risques et de coûts d'exploitation supérieurs. "Nous ne sommes pas dans des appellations tiroir-caisse", glisse Bruno Lorenzon. 

Pour Vincent Dureuil, le contact quotidien avec ses vignes est indispensables à son équilibre, à la cohésion de son équipe. Ce sont elles qui l'ont incité petit à petit à davantages d'ambition: "Quand on voit nos sols, la qualité de nos raisins pendant les vendanges, on se dit, cela doit faire quelque chose de bien. Il suffit de travailler avec du bon sens paysan, de rester observateur. Ensuite, en cave, il faut élever les vins longtemps, les mettre en bouteilles le deuxième hiver. Je pense à ma parcelle de Meix-Cadot par exemple. Mon père ne l'a jamais vraiment mise en valeur. Maintenant, tous les ans, elle donne un grand vin. C'est toujours top" constate-t-il. Son père lui avoue retrouver le goût des vins de son propore père...

C'est aussi les clients qui les confortent à voir les vins de leurs domaines ressortir des dégustations comparatives où figurent quelques-unes des appellations bourgignonnes les plus prestigieuses. Sans prédestination, sans complexe, sans compter leurs efforts. Mais, au moins, avec les honneurs !

Dégustation: 

Rully permier cru Margotés 2010: Les Margotés est le premier cru le plus au sud du village. "Un terroir froid, planté de vieilles vignes. Elles datent de 1946", expose Vincent Dureuil. L'été 2010 n'a pas battu des records de chaleur mais les raisins étaient bien concentrés. Des caracteristiques qui se traduisent par un vin ciselé, profond, droit. Le nez évoque des notes d'agrumes et d'épices mais aussi une pointe de minéralité. La bouche est assez tranchante. Le tout est encore dans sa prime jeunesse et annonce un potentiel de garde d'au moins dix ans encore...

Rully permier cru Margotés 2008: Autre millésime frais et même tardif, la naissance des 2008 ne s'est pas accompagnée des hourras des professionnels et des observateurs. Et pourtant ! Ce vin est superbe, doté d'un milieu de bouche ample, profond. Une texture satinée caresse la bouche. Le tout dans la pureté, la minéralité. Le nez évoque des arômes de pâte de fruits. Pour se régaler, aujourd'hui, et pendant encore quelques années.

Rully premier cru Meix Cadot 2007: Nous quittons ici le coteau ouest de l'appellation, pour se rapprocher du village. Ces parcelles appartiennent historiquement au domaine familial. "Un terroir beaucoup plus solaire", precise Vincent Dureuil. Le vin effectivement est riche, opulent. Une puissance domptée qui donne une vraie gourmandise. Peu de blancs ont atteint un tel niveau en 2007, millesime précoce mais aussi humide.

Rully villages Maizières 2004: Vincent Dureuil avait prévenu : il n'a pas cherché à nous présenter les millésimes les plus faciles. Mais plutôt les années "de vignerons". Bonne idée ! Elles sont généralement les plus représentatives du travail accompli. Les plus gratifiantes aussi pour son auteur quand elles sont reussies. Le but est amplement atteint tant la démonstration est éloquente. Ce vin évoque le pain d'épices, les fruits confits au nez. La bouche ne trahit pas une seule note de fatigue. Au contraire, une belle énergie s'en dégage.